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Agriculture en Afrique : L’heure de mettre fin à certains préjugés

A l’occasion du sommet de l’Union africaine tenu la semaine dernière à Addis-Abeba et qui réunit des chefs d’État, plusieurs Ong comme One, et des personnalités comme le footballeur Yaya Touré, la campagne DoAgric a été lancée. La campagne demande aux gouvernements de bien investir dans l’agriculture pour que les agriculteurs puissent bien vivre. Dans cette tribune rédigée sur l’Agriculture et le sommet de l’Ua, la Conseillère en Agriculture à la Fondation Bill & Mélinda Gates, Mercy Karanja brise le préjugé que les agriculteurs africains seront toujours pauvres, et explique qu’investir dans l’agriculture est le meilleur moyen de combattre la pauvreté et d’encourager la croissance économique.

Nous sommes bien loin des caricatures de l’Afrique dépeignant un continent ravagé par la famine.

Les pays africains sont déterminés à produire assez pour nourrir leur population. De nouvelles technologies et des idées novatrices, que ce soiten téléphonie mobile ou en nouvelles variétés de culture, engendrent une transformation rapide de l’agriculture.
Mais le secteur continue de souffrir de préjugés et de stéréotypes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Afrique.
L’agriculture reste synonyme de pauvreté et de moyen de survie. Tout simplement, les gens ne pensent pas que l’agriculture leur permettra de toucher un salaire adéquat, encore moins de payerles frais de scolaritéet les factures médicales. L’agriculture est perçue comme un emploi sans avenir, et n’est certainement pas une carrière à laquelle les jeunes aspirent.
Cette image caricaturale est de plus en plus obsolète. Suivant le thème défini dans la Lettre Annuelle de Bill et Melinda Gates, le préjugé que je voudrais briser est le suivant :« Les agriculteurs africains seront toujours pauvres. »
En réalité, il existe de nombreuses opportunités pour les agriculteurs. Les rendements des cultures de base ont régulièrement augmenté au cours des dix dernièresannées. Ceux-ci pourraient potentiellement encore doubler ou tripler dans les années à venir.
Cette tendance aurait un impact formidable sur les agriculteurs, leurs familles, les communautés et les économies nationales. La recherche effectuée en la matière dans le monde entier indique qu’1% de croissance dans le rendement des cultures de base équivaut à une réduction de 0,8% du nombre de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté.
Il ne faut pas croire que l’amélioration des rendements et des revenus agricoles concerne seulement les agriculteurs.Il y a une associationétroite entre la croissance dans le secteur agricole et celle dans l’économie dans son ensemble. Chaque dollar de revenu dans le secteur agricolecrée 1,88 dollar dans l’économie du Burkina Faso et 1,50 dollar dans celle de la Zambie. La croissance générée par l’agriculture se révèle onze fois plus efficace pour réduire la pauvreté que celle provenant d’autres secteurs.
Il y a de nombreux exemplesde projets prometteurs, lancés par de jeunes africains, tels des émissions éducatives à la radio qui offrent des conseils aux agriculteurs, ou encore des nouvelles plateformes de téléphonie mobile qui permettent à ces derniers d’avoir accès aux prix actuels des denrées sur le marché.
Beaucoup a été dit sur les obstacles auxquels les agricultrices font face, mais pas assez sur les gains économiques à venir une fois ces obstacles surmontés. Une augmentation de 20-30% des rendements permettrait à des centaines de millions d’Africains de sortir de la pauvreté.
Bien entendu, afin de pouvoir briser ce préjugé, il faut mettre en place les conditions adéquates qui permettraient aux agriculteurs africains de saisir ces opportunités et de gagner décemment leur vie.
C’est pourquoi la société civile africaine, soutenue par les ONG comme ONE et des personnalités comme le chanteur nigérian D’Banj, lance cette semainela campagne #DoAgric pour demander aux gouvernements de bien investir pour que les agriculteurs puissent bien vivre.
En signant la déclaration de Maputo, il y a plus de dix ans, les gouvernements africains s’étaient engagés à allouer dix pour cent de leur budget national à l’agriculture. En réalité, si certains pays ont obtenus des résultatsréellementimpressionnants,d’autres n’y sont pas encore parvenus.
Une décennie après cette déclaration historique, l’heure est venue pour les gouvernements africains de renouveler leur engagement vis-à-vis du développement de l’agriculture.
Il est essentiel d’augmenter le financement de ce secteur. Nous devons aussi résoudreles problèmes qui ont été ignorés précédemment, tels les barrières de commerce intra-régional et les pertes de revenus causés par les pertes post-récolte.
Les sociétés civiles africaines font aussi pression sur les gouvernements afin d’obtenir un contrôle plus assidu et une évaluation plus stricte des développements agricoles sur le terrain. Ce n’est que lorsque nous percevons où les progrès sont réalisés que nous pouvons concentrer nos efforts sur les zones à développer.
C’est seulement en relevant ces défis, et les autres à venir, que nous pourrons réaliser le potentiel des agriculteurs africains, libérer des millions d’Africains de la pauvreté etencourager une plus grande prospérité au sens large.
Le sommet de juillet de l’Union africaine est l’occasion d’apporter ce soutien afin de briser, une fois pour toutes, le mythe que les agriculteurs africains resteront toujours dans la misère.
Mercy Karanja, a grandi dans une ferme au Kenya. Elle a pu aller à l’école grâceà l’exploitation agricole de ses parents. Aujourd’hui, elle est administratrice de programme principale et conseillère en développement régional pour l’agriculture en Afrique de l’Est à la Fondation Bill & Melinda Gates.

 

 

 
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